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Quand les procès rendent malade
La Presse, le 29 septembre 2005

SYNDROME DU STRESS JUDICIAIRE
Quand les procès rendent malade

Marie-Claude Malboeuf
La Presse


Photo Martin Tremblay, La Presse

Dix ans après l'accident de plongeon qui l'a rendu paraplégique et qui l'a entraîné dans une interminable poursuite contre un installateur de piscines, le jeune Éric Lavoie parle de son procès comme d'«une plaie ou une brûlure qui ne guérit jamais».
Ce jour-là, le bureau de la juge Louise Otis s'est retrouvé enterré sous les médicaments: ceux d'une désespérée coincée dans un procès interminable. «Quand la dame est entrée, elle a ouvert son sac à main et renversé tout son contenu de fioles, se souvient la magistrate de la Cour d'appel. C'est alors qu'elle m'a dit: Avant mon procès, j'étais en santé, maintenant, je fais de l'hypertension, du diabète précoce, de l'insomnie...»

Chacun sait que les procès peuvent ruiner. On sait moins qu'ils peuvent aussi ruiner la santé. Des États-Unis à l'Australie, certains médecins et psychologues commencent toutefois à sonner l'alarme, allant jusqu'à baptiser le phénomène «syndrome du stress judiciaire».

Au Québec, il a fallu que la juge Otis rencontre les citoyens de près, en médiation, pour découvrir ce qu'elle n'avait jamais soupçonné en 15 ans de pratique. «Une fois dans l'intimité de mon bureau, presque toutes les gens me rapportaient des ennuis médicaux. Aujourd'hui, je sais que les longs litiges affectent la santé physique et psychologique des parties.»

Comme un purgatoire

Un divorce, une faillite, le fait d'être diffamé ou d'être poursuivi en responsabilité professionnelle ont déjà de quoi troubler le sommeil, reconnaît Mme Otis. Mais, pour plusieurs, intenter un procès risque d'empirer le mal. Et de lui ajouter un coût insoupçonné: ulcères d'estomac, troubles cardiaques... «Les gens nous parlent aussi d'insomnie, de stress, de consommation accrue d'alcool et d'anxiolitiques et de toutes sortes d'autres médicaments et antidépresseurs. Certains vont maigrir épouvantablement», explique le psychologue Hubert Van Geiseighem, qui a une longue expérience d'expert à la cour.

D'après ce professeur de l'Université de Montréal, la longueur des procès est fatale. «Les humains ont le mouvement défensif naturel de tourner la page. Avec ses interrogatoires constants, avec sa lenteur, le processus judiciaire bloque notre besoin d'évitement. Il nous garde dans l'incertitude et l'instabilité. C'est un genre de purgatoire, absolument épouvantable qui sape de l'énergie et détourne de tout ce qui forme sa vie habituelle. Il n'y a plus d'intimité sexuelle, plus d'ambition au travail. Les gens se mettent sur le pilote automatique.»

Résultat: «Même au criminel, on voit des gens perdre et être soulagés malgré tout, parce que, enfin, c'est fini!» rapporte le psychologue.

Dix ans après l'accident de plongeon qui l'a rendu paraplégique et l'a entraîné dans une interminable poursuite contre un installateur de piscine, le jeune Éric Lavoie le confirme. «Un long procès, c'est comme une plaie ou une brûlure qui ne guérit jamais. Chaque année qui passe est une nouvelle année de maux de tête, une nouvelle année d'insomnie. Même quand tu arrives à dormir, tu fais des cauchemars. Moi, les avocats m'interrogeaient jusque dans mes rêves», confie le résidant de Lanaudière.

Seuls et salis

Souvent, tout l'entourage écope, précise le psychiatre américain Larry Strasburger, qui a signé un article sur l'effet des procès civils sur la santé mentale dans le Journal de l'Académie américaine de la psychiatrie légale. «En général, le besoin de parler de ce qui leur arrive dépasse la tolérance des proches. L'embarras et l'humiliation que certains ressentent font aussi rétrécir leur cercle social. Ça ajoute à leur détresse: ils se sentent isolés, impuissants.»

Pour le Dr Strasburger, qui enseigne à l'École de médecine de l'Université Harvard, l'agressivité qui explose en salle de cour aggrave beaucoup le mal. «Le fait d'être attaqué sur son intégrité et son honnêteté provoque une détresse qui s'ajoute au problème initial. Le plaignant aura l'impression de subir son propre procès, d'être mis à nu et de perdre tous ses repères. On ne respecte pas les frontières personnelles, ce qui amplifie le sentiment que le monde est un endroit dangereux.»

Résultat: la guérison émotionnelle est ralentie, et les thérapies sont rallongées de plusieurs mois, constate le psychiatre.

Injuriée sur les ondes et contrainte de voir ses secrets les plus intimes dévoilés lors de son procès en diffamation contre l'ex-animateur de CHOI-FM, Jean-François Fillion, la présentatrice météo Sophie Chiasson en sait sûrement quelque chose. Vidée, malgré une victoire éclatante de 340 000 $, la jeune femme a dû quitter les ondes de TVA pour soigner une mononucléose.

Aux États-Unis, la thérapeute matrimoniale Karin Huffer collectionne des histoires d'horreur plus atroces encore depuis qu'elle a vu son mari détruit par un litige interminable. Auteure d'un livre-choc intitulé Legal Abuse Syndrome- fruit de son enquête-, l'Américaine réclame une loi pour mieux encadrer les tactiques des avocats en cour, convaincue qu'ils créent un traumatisme «anormal et cumulatif».

«Certains avocats nuisent à la santé de leurs propres clients, assure de son côté le Dr Strasburger. Ils évitent de les envoyer à un psychologue, croyant que plus ils semblent en détresse, plus ils ont de chances de gagner leur cause. Et certains plaignants sentent d'eux-mêmes qu'ils n'ont pas intérêt à guérir s'ils veulent être crus...»

Le bon côté des procès

Pour le juge de la Cour du Québec Michael Sheehan, bénévole en prévention du suicide, la détresse est réelle dans les salles d'audience. «Mais d'après ce que j'ai vu en droit de la famille, c'est la rupture, le deuil de la relation et le sentiment d'échec qui créent la détresse: pas l'idée d'aller en cour. Être bien épaulé par un professionnel compétent peut être rassurant et désamorcer la crise», dit-il.

Même si ses écrits traitent surtout des ravages causés par les procès, le Dr Strasburger convient qu'ils peuvent aussi aider. «Poursuivre, c'est une occasion de se tenir debout et de demander des comptes à ceux qui nous ont fait du mal. Une victime de harcèlement sexuel peut exiger une réponse de son tourmenteur, elle se redonne du pouvoir, dit-il. Pour ceux qui gagnent, le sentiment de réparation, de vengeance et l'estime de soi retrouvée peuvent en valoir la peine.»

De retour à la télé, lundi, Sophie Chiasson a expliqué de manière très simple la récompense que lui a valu son calvaire judiciaire, bien petit, comparativement à la diffamation qui l'avait précédé. Aujourd'hui, a dit la jeune femme, «je recommence tout juste à manger, à respirer»...


Source : La Presse
 


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